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La lessive I : Les jours de lessive… Les techniques de lavage
 
  Le terme "lessive", caractérise à la fois l'action de laver le linge, l'eau de lavage et le linge lui-même (du latin lineus, lin ; le linge désignant au départ la toile de lin) : on fait la lessive au lavoir, dans une buanderie, une laverie, à la main, dans une lessiveuse ou une machine à laver, encore appelée lave-linge.
De tout temps la lessive fut l’apanage des femmes : laveuses, lavandières, blanchisseuses et repasseuses. Corvée autrefois longue et pénible, malsaine, le lavage du linge s’est transformé en une tâche quotidienne simple, rapide et relativement bon marché, et moins polluante qu’elle ne le fut autrefois, suite aux nombreux progrès technologiques qui se sont opérés au cours du siècle dernier. La lessive est devenue, de nos jours, une opération banale, pratiquée quotidiennement.
Chaque jour, en France, on estime à 20 millions le nombre de lessives effectuées.
 
La grande lessive d'autrefois 
  La plus ancienne description de lavage est faite par Homère (Odyssée chant V) : Nausicaa et ses compagnes apportent le linge du palais sur le fleuve.
 A l’origine, la lessive se faisait avec les pieds : on foulait le linge. Le verbe “laver", en hiéroglyphes égyptiens, est représenté par deux pieds dans l’eau. C’est également avec les pieds que les foulons romains détergeaient le suint (matière grasse animale attachée à la laine des moutons).
 
 Mais la grande affaire de nos proches ancêtres, était la lessive à la cendre que l'on pratiquait dans tous les villages et les petites villes, deux fois l'an, au printemps avant les Rameaux, et à l’automne vers la Toussaint, selon les régions.
C’était un événement important de la vie communautaire, un acte social qui rassemblait les femmes et donnait lieu à une vraie fête, avec repas, chants et danses qui faisaient oublier la fatigue. 
    
 Faire la buée [bue, bues, buées, bui(e)s), bugée ou bughée en Poitou-Charente], avec de l'eau portée à ébullition donc, désignait l’ensemble de l’opération, qui, à l’extérieur ou dans une pièce spécialement préparée (chambre à four, fournil, atelier, appentis ou coin de grange), se déroulait sur trois ou quatre jours, voire une semaine, suivant le vomume de linge à laver : une grande buée comptait en moyenne 70 draps, autant de chemises, et des dizaines de torchons et de mouchoirs.

 la lessive à la buée - Tableau de la 1ère moitié du XVIIe siècle Musée de Montpellier
 
Les 3 grandes opérations de la buée
 Le tri se pratiquait dans les foyers : d’un côté le linge blanc, et de l’autre, les lainages et le linge fin. Le blanc lui-même
était trié, car sa place dans le cuvier était conditionnée par sa finesse et son degré de saleté.
  1) le trempage [échangeage, essangeage, essoinguage ou échange], correspondait au prélavage.
  D
ans un baquet, à la maison, ou au lavoir (à la fontaine, au bord de la rivière, du ru, de l'étang ou de la mare), l'opération consistait à décrasser à l'eau, sommairement, pour en faire tomber les matières peu adhérentes et solubles (poussières, boues)le linge que l'on avait amassé, voituré en ballots ou brouetté. Ainsi, la crasse était-elle dissoute dans l’eau froide alors que les matières qui la constituaient auraient coagulé dans l’eau bouillante.
Les saletés ou "sanies" les plus tenaces étaient frottées à la brosse sur une planche à laver striée.

  2) Le lessivage
 Il s'opérait en 2 temps :
- L’encuvage
 
 Le grand cuvier (cuveau, bugadier ou bougadou dans le Sud-Ouest, biré ou biri en Bourgogne du sud) en bois cerclé de douelles comme un tonneau (il est parfois en terre cuite et s'appelle la ponne - en tôle zinguée au début du xxème siècle), pouvant atteindre 1,20 m à 2 m de diamètre sur un peu plus d’un demi-mètre de hauteur et contenir jusqu’à 400 litres d’eau, était sorti (ou loué) chez le tonnelier (après avoir été rempli d'eau un mois avant pour faire gonfler le bois) et posé sur un trépied (la selle), en bois ou en métal.  
   Si le cuvier disposait d'un
trou de vidange, au fond, (vide-lessive, pissette, pisserotte, pissoir), on le bouchait avec une poignée de glui (paille de seigle longue et non brisée) ou de paille de blé, qu’on tordait avant de l’introduire en force ; dépassait alors un faisceau d’une dizaine de centimètres qui servait de bouchon filtrant ; le jus de lessive (le lissieu, le lessi) recueilli goutte à goutte tombait sous le trépied dans un bac de récupération, la jalle, (ou jarle) ou tinotte où on le puisait pour le réchauffer en permanence, dans la marmite, jadis accrochée à la crémaillère de la chemnée, ou, plus récemment, sur le fourneau situé à proximité, lequel servait aussi à cuire la nourriture des animaux. Dans bien des maisons, la place étant comptée, la cuisine pouvait avoir été débarrassée de ses meubles et transformée en buanderie.

  On mettait des branchages ou des ceps de vignes (“flambes” ou “flammes”) au fond du cuvier pour maintenir un écart entre le linge et la goulotte et faciliter l’écoulement futur de l'eau. Puis on disposait dans le cuvier, un grand vieux drap (généralement une grosse toile de chanvre), appelé charrier (cendrier ou, encore, flairé), pour envelopper la lessive : il servirait de filtre pour retenir les cendres et ne laisserait passer que le produit lessiviel bouillant, lors du coulage à chaud.  On déposait, après les draps (les linceux), généralement brodés aux initiales de la mariée, le linge de corps et les vêtements (chemises,  bonnets de nuit), puis les vêtements de travail, les blouses (bliauts, biauds ou biaudes), le linge de maison, les nappes et les serviettes, les torchons, jusqu’à ce que le cuvier soit plein ; des lamelles de savon et des racines d’iris (du fenouil ou de la lavande), étaient disposées entre chaque couche pour parfumer le linge. Pour ne pas laisser la lessive s’écouler sans traverser les tissus, les petites pièces étaient placées au fond, avant les plus grosses et tout le linge qu’on avait amassé était tassé au maximum.
  Lorsque le linge recouvrait entièrement le charrier, on disposait, sur toute la surface, la charrée, soit dix à quinze centimètres de cendres qu’on avait retirées de la cheminée ou de la cuisinière et tamisées soigneusement, pour en éliminer les morceaux noirs de charbon de bois ; longtemps préparée à l’avance, elles provenaient d’arbres fruitiers, de châtaigniers, de frênes, de charmes, d'ormes, de peupliers ou de sapins : étaient proscrites les cendres de chêne, qui tachent, comme celles de tout bois dur*. Puis on rabattait les coins du charrier sur les cendres ; la lessive était alors "accoutrée".
« Châtaignier... : (ce) mot évoque une des deux maximes pratiques qui ont régi mon enfance : « ne mange pas la bouche ouverte, et ne jette jamais dans la cendre les épluchures de châtaigne ! » C'est que la cendre, fine mouture, était promise à la lessive. Où vous-a-t-on élevés pour que vous ignoriez qu'une pelure de châtaigne, un brandon de chêne mal carbonisé, peuvent tacher toute une lessive ? » (Colette,Prisons et paradis, p. 110)
   Si le cuvier avait une bonde, on y enfonçait soit une cannelle reliée à une gouttière (ou coulotte ou couliau), soit un drain en bois de sureau ou un tuyau, qu'on inclinait vers la casse de la chaudière (ou cassin - en fonte à la fin du XIXème siècle), contenant l'eau en train de chauffer à laquelle le jus de lessive (le lettu), ainsi canalisé, se mêlerait directement.
 - Le coulage ( ou échaudage ou ”bugade”)
  Pour que la bue fût bonne, la première coulée se faisait avec de l'eau chaude extraite de la casse (surtout pas bouillante pour ne pas cuire la saleté) ; puis on faisait, lentement, couler l'eau (une soixantaine de litres environ), de plus en plus chaude, puis bouillante sur la charrée. La solution alcaline qui résultait de la macération des cendres végétales dans l'eau agissait comme lessive.
  Parfois, on y ajoutait des orties en décoction qui forçaient plus encore le blanchissage.
  Le charrier finissait par être complètement recouvert et l’eau nettoyait lentement le linge qu'elle traversait ; puis, par la goulotte, elle retournait à la casse où elle chauffait de nouveau ; on la puisait (ou la "puchait")  à l’aide du coule-lessive, (puisard ou puisette, sorte de godet ou de louche, en cuivre parfois, pourvu d’un long manche), puis on la réchauffait jusqu’à ébullition et reversait, toujours avec la puisette, au sommet du cuvier sur le charrier.
                
                    Le coulage à chaud à l'intérieur                                             Le coulage à chaud dans la cour
  On recommençait l’opération de transvasement pendant des heures, jusqu'à ce que la maîtresse de maison estimât que le linge devait être propre. Il était alors retiré brûlant du cuvier avec
une pince en bois à longues branches ou un bâton fourchu et mis à égoutter sur des tréteaux.  
  On ne prétendait pas, en procédant ainsi, avoir éliminé la saleté ; mais, répandue sur l’ensemble du linge elle était rendue soluble par les cendres, et plus vite éliminée dans l’eau de la rivière.
  Si l'ouvrage n'était pas achevé quand tombait le soir, la laveuse, pour conserver la chaleur et retenir dans le linge la vapeur active, couvrait le cuvier avec des sacs à grains, ou avec un couvercle fabriqué en paille de seigle et en noisetier, appelé le fleuriot, ou une grosse couverture. Après avoir macéré toute la nuit, le linge était dépoté le lendemain.
  Les cendres lessivées étaient récupérées au jardin (mélange de carbonate de potassium et de chlorure de potassium, la potasse est utilisée comme engrais et le bicarbonate de potassium est aussi un fongicide ["le terme potasse provient du néerlandais « potas » ou de l'anglais "pot ash" littéralement «cendre de pot»] wikipedia.
  3) Le rinçage et le battage du linge sur les bords de la rivière ou au lavoir
 L’opération du "retirage" (le troisième jour de la bue en général) était le fruit d’un effort harassant qui durait toute une journée :
les lavandières transportaient le " butin " mouillé soit sur une brouette (dite le plus souvent "bérouette"), dans des sacs de grosse toile ou des paniers d’osier, soit dans une hotte portée à dos.
 Les laveuses procédaient alors au dégorgeage à l’eau courante, à l'aide d’un battoir en charme ou en châtaignier, ou mieux, à l’aide d’une brosse de chiendent, le “chient”, au rinçage, agenouillées dans leur boîte à laver (ou carrosse ou cabasson - un coffre en bois de sapin) garnie de chiffons ou de coussins de paille, qui servaient de protection, munie d’une planche ou non. Elles tendaient le linge à bout de bras, le laissaient flotter dans l’eau froide, le frottaient et le pressaient sur la selle avec la brosse, le rinçaient en le tordant et en le frappant avec le battoir pour le débarrasser de l’eau de lessive. 
 L'essorage pouvait aussi se pratiquer debout, la selle posée sur des tréteaux. [cf les accessoires des laveuses]

A Chabris, aux bords du Cher,  les laveuses devant des tréteaux
 L’azurage : on plongeait dans l’eau de chaque baquet de rinçage un sac de bleu contenant une poudre bleue provenant de l’indigotier ou de l’outremer, pour rendre le linge encore plus blanc.
 Le blanchissage : tout aussi éreintant que la précédente, l’opération consistait à étendre le linge au soleil, en plein champ, et à lui faire subir une série de manipulations pouvant durer  2 à 3 jours. Conformément aux préceptes de Diderot et d’Alembert, le linge était étendu à plat sur un pré, arrosé à plusieurs reprises avec un arrosoir de jardinier et retourné deux ou trois fois sens dessus dessous. Pendant trois jours, le soleil et l’eau achevaient « de lui donner un lustre et un blanc très parfait ».
 Le séchage  
- couvert : le linge était mis à sécher (ou à essarder [de l'ancien français "échardre" = dessécher]) au grenier ((prononcé souvent "garnier"), aéré par des lucarnes, en mauvaise saison.
- à air chaud, devant le poêle ou la cheminée.
- en plein air, directement étendu sur l’herbe (ce qui présente l’avantage du blanchiment) pour les grandes pièces telles que les draps ou étendu sur des cordes, en plein vent, fixé par des pinces à linge qui n’étaient, avant les pinces à ressort, que de simples fourches de bois taillé ; et si la corde fléchissait, on la relevait à l’aide de perches en bois fourchues. 
  L'expression "pendre le linge", utilisée autrefois, a été supplantée par celle, plus logique, "d'étendre le linge" et le terme "étendoir", remplacé par "séchoir", bien que ce dernier désigne plus souvent un système mécanisé de séchage (par une source artificielle de chaleur et/ou d'aération).
  Cette méthode de lavage, plus ou moins perfectionnée au cours du temps, fut pratiquée jusqu’après la première guerre mondiale : le linge sale passant ainsi, en plusieurs jours, de l’enfer (passage dans le cuvier) au purgatoire (séance de battoir au lavoir ou à la rivière), puis au paradis (rinçage, séchage, repassage et blanchiment).

 La lessive à la chaudière.
 
 Trés
récemment encore, en ville ou à la campagne, quand, faute de ressources, toutes les deux ou trois semaines seulement, sans savonnage, on n'exécutait pas un simple trempage du linge de tous les jours (vêtements de travail, chemises, tabliers, mouchoirs ou bas de coton), on pratiquait la lessive à la chaudière, qui, par rapport à l'opération précédente, dispensait du recours au cuvier. 
  Elle avait lieu tous les mois, dans une pièce que l'on réaménageait pour l'ocasion, ou dans un local approprié, la buanderie, ou
dans une cour extérieure.
 "La buandière fourrait directement les nippes dans la "casse" en fonte remplie d'eau de la chaudière. Elle y jetait une poignée de cristaux de soude et allumait le petit foyer jusqu'à ébullition de l'eau. Les fripes trop sales étaient frottées à la brosse en chiendent, sur une longue et haute selle dont les usages répétés avaient poli la planche. Le premier rinçage se faisait dans un baquet d'eau où la laveuse avait dilué quelques gouttes d'un extrait (adoucissant ou eau de Javel). Dans le second et dernier rinçage baignait une boule de "bleu" emmaillotée de mousseline. Les guenilles qui ne méritaient plus d'être ravaudées finissaient en "pénuffes", c'est-à-dire en chaussettes russes dans les sabots.[...] La casse de la chaudière servait également à cuire les pâtées à bestiaux !» Gérard Boutet [Ils étaient de leur village éd. Jean-Cyrille Godefroy, Paris1988].
 

La lessiveuse à champignon galvanisée

Elle est  la sou

  L’absence des hommes durant quatre longues années avait amené les femmes à prendre des responsabilités, à entretenir les terres. Lorsque la vie a repris, elles ont accepté moins facilement des tâches pénibles qu’elles exécutaient par routine.
La lessiveuse à champignon,
qui permettait de faire circuler l’eau chaude, a libéré la femme du travail long et fastidieux de coulage de la lessive, puisque le nouvel instrument, plus léger et moins encombrant que le lourd cuvier de bois, remontait automatiquement le " lessu " sur le linge et la cendre végétale fut remplacée par du perborate acheté à la pharmacie, puis par le savon et les premiers produits détergents.
Mais les usages évoluent lentement : les lessives, moins abondantes, augmentant en fréquence (bimestrielle, puis mensuelle), rythment encore la vie des femmes qui fréquentent  toujours le lavoir pour y rincer le linge.

 
            Séchage après coulage dans la lessiveuse à champignon posée sur un fourneau    
  La lessiveuse fut longtemps considérée comme l’ultime progrès réalisable en fait de lessive domestique.
  Elle mit du temps à s’implanter, commercialisée vers 1870 et surtout vers 1880, elle atteignit les campagnes vers 1900,
son usage, en milieu rural,  se généralisant après la première guerre mondiale. On en trouvera encore en action dans les années 1960, bien après la venue de la boule, apparue, elle, après la seconde guerre mondiale, et de la machine à laver moderne.
  On l’offrait souvent comme cadeau de mariage. La plupart des livres d’enseignement ménager recommandaient encore, dans les années quarante, l’usage de la lessiveuse.
                          
Le Blanchissage - affiche pédagogique (détail) - éditions Rossignol 
   Elle a pour origine un cuvier à projection permettant une ébullition dite simple, mis au point au début du XIXè siècle par Widmer à la manufacture de Jouy pour les toiles. Le principe de cette méthode consiste à faire refouler la lessive bouillante par la pression de la vapeur que l’ébullition dégage. Cette pression, s’exerçant sur la surface du liquide, la force à s’élever dans un tube et à se déverser en nappe au dessus du linge.
  En 1837, René Duvoir et Ducoudun perfectionnent le système en séparant le cuvier de la chaudière où se produit l’ébullition, mais toujours pour les laveries industrielles. Dans les années 1860, des fabricants miniaturisent et simplifient les procédés industriels de Duvoir et Ducoudun et proposent la savonneuse à circulation, c’est à dire la lessiveuse à champignon, buanderie domestique ou appareil pour le lessivage par affusion de vapeur, avec foyers au bois ou au charbon.

                                          
                 la lessiveuse à champignon : publicité             -            vue extérieurement et intérieurement

La lessiveuse en tôle galvanisée est un récipient légèrement conique muni d’un double fond percé de trous et sur lequel est soudé, au centre, un tube injecteur en tôle galvanisée, terminée par un champignon. Un disque grillagé ou un anneau muni de quelques crochets disposés au-dessus du linge, l’empêche de se soulever lors de l’ébullition.
  L’introduction de la lessiveuse s’accompagne de l’accroissement de l’utilisation du coton, remplaçant la toile de chanvre. Le rythme des lessives devient hebdomadaire. Elle évite aussi de mélanger son linge à celui des autres : dorénavant, on lave son linge sale en famille.
  La lessiveuse arrive au bon moment. En effet, après la défaite de 1870, la santé publique apparaît comme un des éléments du relèvement de la France. Faire bouillir, c’est désinfecter au moment où Pasteur consacre son œuvre aux maladies infectieuses, et où Koch est à la veille de découvrir le bacille de la tuberculose (1882).
  On doit d’ailleurs aux lessiveuses l’expression « faire bouillir le linge » parce qu’elles nécessitent l’ébullition de l’eau lessivielle pour la faire monter par le tube injecteur, mais le linge, isolé du fond du récipient, ne « bout » pas.
  Avec la lessiveuse, il n’est pas nécessaire d’essanger le linge, il suffit de le laisser tremper dans l’eau froide ou tiède. Puis on dispose sur le fond de la lessiveuse le savon en copeaux et les cristaux (dans la proportion de 250 g de savon et 50 g de cristaux pour 10kg de linge sec), ou bien de la lessive préparée et vendue dans le commerce, ou de la cendre de bois enveloppée dans un sac en mousseline serré et solide.
   On place le double-fond sur lequel on étend d’abord le gros linge, puis le linge plus fin, enfin le linge fin. On verse sur le tout quelque litre d’eau, on ferme hermétiquement et l’on place la lessiveuse sur le feu. Dès que l’eau commence à bouillir et augmente de volume, la lessive s’élève par le tube central et se répand par le champignon sur le linge.
  Au bout d’une heure et demie à trois heures, celui-ci est blanchi et stérilisé.
  Sorti de la lessiveuse, le linge est lavé dans un baquet ou à la rivière, avec une planche à laver et un battoir, puis rincé à l’eau tiède et azuré pièce par pièce, dans un baquet où on a fait dissoudre dans l’eau de l’indigo en boule.


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Les premières machines  
  Si la naissance de la machine à laver est difficile à dater, du moins peut-on connaître son histoire à travers ses emprunts, sa lente évolution au gré des progrès des techniques et de la chimie, de l’apparition de nouveaux tissus…
   Elle cherche d’abord à reproduire les gestes de la laveuse. Les rainures des battoirs et des planches à laver se retrouveront sur les premières cuves en bois ou les autres tambours pour permettre le frottement du linge sur les parois.
   La connaissance des différentes phases du blanchissage permit aux ingénieurs et industriels d’apporter des améliorations aux travaux de blanchissage. Utilisant les sciences de l’hydraulique et de la métallurgie, ils perfectionnèrent les différentes phases : lessivage – lavage – essorage. On distingue dans ses premiers objets, quatre origines : travail de la fonte, outillage agricole, travail de la chaudronnerie et de l’électricité.
   Les recherches menées sur la machine à laver ont été initialement le fait de petites entreprises locales pour lesquels cet objets était davantage un sous-produit d’activité principale qu’une préoccupation majeure (par exemple Miele qui à l’origine produisait des barattes à beurre).
   Les premières fabrications françaises viennent du Nord : industrie du chemin de fer, du charbon, production agricole… Cela explique la structure des machines du Nord (Speed de Calais) plutôt massive, utilisant la plupart du temps des bielles manivelles ou des manivelles à entraînement démultiplié. Ces machines s‘efforcent de reproduire les gestes de la lavandière tout en écartant ceux qui brutalisent le linge.
   De plus les constructeurs, très souvent au fait des objets liés à l’exploitation agricole, se réfèrent à la baratte. Trois principaux types leur servent de modèle, soit dans la forme, soit dans les mécanismes :
 - La baratte avec agitateur en bois, que la fermière remue dans un tonneau à fût évasé, donne naissance à un premier système de lavage, composé d’un baquet de bois dans lequel on plonge le linge et d’un agitateur à bout conique ou à trois branches, auquel on communique un mouvement rotatif alterné.
 - La baratte normande à tonneau horizontal fonctionnant avec une manivelle, est sans aucun doute l’ancêtre de la machine à laver à tambour.
 - La baratte à manivelle placée sur un engrenage ; le bac en bois et l’agitateur sont réunis en un seul appareil. Ce système typique du nord, implique l’utilisation de bielles-manivelles ou de manivelles d’entraînement démultiplié. Il permet en outre de créer un mouvement alternatif propre à éviter l’enroulement du linge et son tassement. 
    Tout commence en fait à la fin du 18ème siècle dans les campagnes sous l’impulsion des menuisiers, forgerons, tonneliers, certainement influencés par l’esprit de l’Encyclopédie. La baratte sert à battre le lait ; les femmes battent le linge. De cette correspondance naît l’idée de la baratte à linge.
   Les solutions mécaniques performantes de l’industrie ne sont pas adoptées tout de suite : on reste longtemps à l’essoreuse à rouleaux, on respecte l’ébullition de la lessive, on bat le linge d’abord avec un agitateur, on s’ingénie à trouver des correspondances entre frottements d’un mouvement rotatif avec les frottements de la laveuse sur une planche.
   Les Françaises recherchent au travers de l’entretien du linge la blancheur, la propreté, l’économie et le respect du trousseau. Leur attitude de méfiance face à la machine s’explique par la crainte de la déchirure, d’usure, d’une restitution insatisfaisante de la blancheur. A cela s’ajoute le poids de la tradition et les habitudes d’inconfort enracinées.
                                             
                                   machine baratte                                                                  machine à laver -  
 Ce cuvier est muni d'un agitateur à hélice quatre lames permet le nettoyage.                                     Musée de la lessive - Spa - Belgique
 Quand la manivelle débrayable est actionnée, l'action démultipliée produit un
mouvement alternatif. L'essoreuse jointe en métal, mue par un moteur
électrique étanche, est une option rarissime pour l'époque
.
                        [ Machine à laver le linge Speed ]Topic topos                                  
On trouve différents types de machines jusqu’à l’adoption du tambour sur axe horizontal. Le linge est soumis à des malaxages obtenus par des dispositifs variés. En 1930 quatre types sont présentés dans l’Encyclopédie des familles.
Les machines à barboteuses - tambour
:
Ces appareils comprennent en général un tambour cylindrique placé sur une cuve. Le linge baigne à l’intérieur du cylindre ; par des ouvertures pratiquées dans les parois, la lessive bouillante arrive sur le linge. Lorsque le tambour tourne, le linge est soulevé jusqu’à une certaine hauteur, d’où il retombe sur la lessive par son propre poids. Le mouvement de rotation est effectué dans les deux sens.
Les machines à oscillations :
Ces laveuses sont constituées par un récipient à double fond oscillant autour d’un axe. Le linge, ainsi que la lessive, sont précipités de l’un à l’autre fond par la rotation du récipient, ce qui provoque un brassage contenu qui libère les impuretés des pièces à laver.
Les machines à succion ou à compression :
Le lavage est obtenu par aspiration ou par succion. Le linge est placé entre le fond d’un récipient et un plateau perforé. Le fond du récipient est fixe, tandis que le plateau perforé est mobile. Le linge est compressé entre le fond et le plateau mobile. Le linge subit ainsi un foulage qui exprime le liquide par intermittence.
Machines à palettes ou agitateurs :
Ces machines sont constituées par une cuve ordinaire en bois, à l’intérieur de laquelle tournent soit des palettes, soit une planchette. Ces palettes ne tournent jamais plus d’un tour dans le même sens pour éviter l’enroulement du linge. Elles reçoivent un mouvement alternatif par l’action d’un volant manivelle. A chaque changement de rotation des palettes, il se forme un courant liquide en sens inverse et le linge est traversé par la lessive savonneuse.

 Documents source : 

- Pour une histoire de la lessive en Nivernais au XIXe siècle - Guy Thuillier.Annales. Économies, Sociétés, Civilisations.1969 Vol. 24 N°2 pp.377-390
- Le savoir faire de nos grands parents : la bue ou la grande lessive - Mémoires vivantes /bulletin18   
- Un siècle de lavage du linge
- Jours de lessive...Les techniques de lavage
- Histoire de la machine à laver française, musée du lave linge.
- La bugée, bughée, buée ou lessive à la cendre
- L'arbre aux aïeux : la lessive 1 
                            la lessive 2 
                            la lessive 3
                            la lessive & les peintres
- A la découverte des lavoirs du pays chartrain 
Sur le site :
 La lessive.1.Les jours de lessive… Les techniques de lavage
 La lessive.2.Culture du linge et innovations lessivielles
 La lessive.3.Lavoirs, laveuses & lavandières
 La lessive.4.Les blanchisseuses à Paris
 La lessive.5.Les lavoirs parisiens - localisation et anecdotes

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