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La lessive II  :  culture du linge et innovations lessivielles
   Les progrès en matière de santé et d'espérance de vie entre le XIXe et le XXe siècles sont souvent portés au crédit de la médecine moderne, en particulier des vaccins et des antibiotiques. Mais on oublie souvent que si ces armes ont été indéniablement décisives dans le combat contre les maladies infectieuses, celui-ci a été amorcé avant leur avènement : le XIXe siècle a été marqué, dans les pays alors en voie d'industrialisation, par une révolution sanitaire sans précédent, où l'hygiène a joué - incontestablement - un rôle de tout premier plan. [Hygiène et santé (Euroconférence, Institut Pasteur, janvier 2001)]
  Si l'étiologie des maladies infectieuses était inconnue avant la théorie des microbes de Louis Pasteur en 1878, un bons sens primaire associait néanmoins certaines conditions de vie à la morbidité. Odeurs fétides et miasmes étaient considérés comme la cause de la plupart des maladies qui prévalaient. "Saleté, pauvreté et maladie " formaient une triade logique. C'est pourquoi paradoxalement, les premières batailles contre les maladies infectieuses se sont opérées avant que les scientifiques n'expliquent leur origine.
  C'est au milieu du XIXe que s'amorce dans les pays en voie d'industrialisation une véritable révolution sanitaire, avec une nette augmentation de l'espérance de vie, suivie, quelques décades plus tard, par une chute considérable des taux de mortalité infantile. Trois phénomènes sont à porter à son crédit : l'amélioration de l'habitat et en conséquence, une réduction de la promiscuité; l'amélioration de l'alimentation grâce aux progrès de l'agriculture et de la technologie, et surtout l'amélioration de l'hygiène comprenant l'hygiène corporelle et le lavage du linge.
  Or, faire ou non bouillir le linge, renvoyait à une conception de la saleté spécifique à notre culture qui voulait que le propre soit lié au blanc et à l’absence de tache ; ce qu’accréditaient des siècles d’expérience, durant lesquels de simples savonnages suivie d’un « coulage » au cuvier, noyaient et blanchissaient le linge d’excellente façon.
  Pourtant, la notion d’hygiène qui  se développa alors, puis fut promue plus tard, avec les découvertes de Pasteur, s’accompagna de l’idée que l’ébullition était un moyen de tuer les microbes ; même si l'idée de la stérilisation du linge par l’ébullition, s'avérait totalement illusoire puisqu’elle ne pouvait être obtenue qu’à des températures bien supérieures à celle de l’ébullition à l’air libre (de nos jours, quelques gouttes de désinfectant suffisent à assurer une stérilisation satisfaisante).
 Mais l’idée de faire bouillir le linge s’enracina encore dans les esprits avec la généralisation de la lessiveuse à champignon, pour qui l’ébullition était une nécessité  fonctionnelle : l’eau bouillante sous pressions en était le moteur.
  L’habitude de faire bouillir le linge pendant plusieurs heures, de le frotter à la brosse, de le tordre, en un mot de le torturer pour le blanchir, s’ancra profondément dans le concept français du blanchissage,
   Aussi, les machines à laver, lorsqu’elles apparurent  sur le marché, après la seconde guerre mondiale, devaient-elles impérativement, pour les Françaises, faire bouillir le linge.
  Pareille conception  fut à l’origine d’une véritable confrontation entre les machines à laver « françaises » et « américaines » autour de trois questions clés : outre la température de lavage,  s’ajoutèrent  le système de lavage et l’automatisme intégral, trois points qui ont conduit à des choix et des différences de pratique.  
  La machine à laver américaine Bendix, par exemple, née au lendemain de la guerre et exposée en France au Salon des Arts Ménagers de 1948,  ne fut pas considérée comme le sommet de la technologie : elle était, certes, automatique mais elle ne faisait pas bouillir le linge, car les Américains assimilaient la propreté à l’absence de taches plus qu'à l'élimination des microbes.
 Aussi, dans la revue Arts Ménagers de juillet-août 1950, la publicité Bendix titrait-elle  « Faut-il faire bouillir le linge? » prenant en compte notre culture du lavage et de l’hygiène face aux changements de nature des textiles, de leurs valeurs et enfin des lessives. S'appuyant sur les principes de la « méthode du cuvier », aux temps heureux des éblouissantes lessives, elle soulignait que la Blanchisseuse Automatique BENDIX allégeait au maximum le travail de la « ménagère » et qu’aucune intervention manuelle n’était nécessaire, désormais, entre le chargement de la machine avec du linge sec, et l’enlèvement du linge parfaitement égoutté, blanc et propre. « En 50 minutes, BENDIX trempe, lave, et, par trois fois, rince et essore sans jamais que les mains touchent l’eau. » disait la réclame.
  Dans la Blanchisseuse Automatique BENDIX, la circulation de la lessive à travers les fibres des tissus était obtenue par un brassage continu du linge dans le panier laveur : 60 fois par minute, le linge était élevé hors de l’eau et retombait dans l’eau savonneuse. En évitant tout frottement sur des parties métalliques, la BENDIX savonnait efficacement le linge, exactement comme s’il avait été lavé à la main, mais à une température difficilement concevable pour un lavage manuel (80°). Au reste, il avait été démontré, expérimentalement, qu’il n’y avait pas de différence qualitative entre deux lavages mécaniques, l’un à 100°, température de l’ébullition et l’autre à 80°, cette dernière, en outre, étant la meilleure température pour que le savon mousse et nettoie bien ; autre avantage appréciable, pour le linge blanc aussi bien que pour le linge de couleur : la conservation, dans leur intégralité, des fibres textiles et des teintes d’origine.
  Mais la Bendix avait deux robinets : un robinet d’eau chaude qui venait du chauffe-eau et un robinet qui venait de l’alimentation en eau froide. L’eau qui arrivait du chauffe-eau se refroidissait au fur et à mesure. C’était l’inverse de ce que souhaitaient les Françaises qui commençaient par faire bouillir l’eau et, progressivement, lorsque le linge avait bien bouilli, le sortaient, le frottaient et le lavaient à l’eau froide.  
    Les machines à laver françaises disposaient aussi d’une structure différente : elles avaient un tambour horizontal, qui plongeait le linge dans l’eau une fois sur deux et donnait l’impression de battre le linge. Cela permettait aussi une économie d’eau, puisqu’il n’était pas nécessaire de tremper complètement le linge dans l’eau pour le laver ; les machines américaines, elles,  étaient composées d’un tambour vertical : le linge tombait au fond et un agitateur remuait l’eau et tournait le linge ; le linge s’enroulait : ce qui n’était pas accepté en France.
Le dernier point de la spécificité française a consisté dans le refus, jusqu’aux années 80, de l’automatisme intégral : les Françaises boudaient ce principe et préféraient les machines semi-automatiques qui lavaient « en deux temps, comme vous » (slogan Sauter, années 50-60). Il fallait être sûr de contrôler toutes les opérations ; on commercialisait alors des lave-linges à deux cuves !    

 

USA

Europe

Japon

Température moyenne de lavage

29°

42°

23°

Indice de dosage détergent

50

100

25

longueur du cycle

12 min

40min

11 min

volume d'eau du lavage principal

60litres

15litres

45litres

charge moyenne

2,8kg

2,8kg

2,8kg

utilisation d'agent de blanchiment

53%

25%

62%

nombre de lavage par semaine

7

5

10

Tableau comparatif de pratiques de lessive à partir de données issues d’enquêtes menées par Procter & Gamble.

Histoire des produits lessiviels
 
  Il n’y a pas de lavage du linge, encore aujourd’hui, sans produit lessiviel.

 Les composants naturels
  La Bible évoque le lavage avec des formules de savon à base de trona (soude naturelle qui forme une croûte au bord de certains lacs salés) et de potasse. On sait que les tiges et les racines de la saponaire (herbe de Borith ou herbe à foulons) étaient également utilisées ; alors importée de Syrie, où elle poussait à l’état sauvage, mais coûteuse, elle fut vite remplacée par de l’urine humaine fermentée, riche en ammoniaque, notamment collectée dans les rues de Rome moyennant une demi-obole. L’expression «L’argent n’a pas d’odeur » (Pecunia non olet) est d’ailleurs une répartie de l’empereur Vespasien à son fils Titus, choqué par la redevance que son père imposa aux passants des rues de Rome pour l’urine collectée puis revendue aux foulons.
  Ces pratiques, qui semblent d’un autre âge, étaient encore de rigueur en 1909 à Elbeuf (76) où de l’urine humaine était collectée pour des filatures de draps militaires notamment pour le traitement des draps bleu d’officier de marine. Et on peut d’ailleurs lire dans la revue L’Art Ménager de septembre 1928 : « En Islande, on a également conservé ce procédé, et les femmes emploient l’urine mélangée avec de la cendre. »
  En guise de détergent, outre la saponaire, de la terre à foulons ou argile smectique aux propriétés saponifères (libérant des saponines, agents moussant naturels, comme le font les “noix de lavage” qui moussent, mais lavent à peine mieux que l’eau chaude seule), détersives, dégraissantes et moussantes était utilisée.
  La craie fut également utilisée comme produit de foulage ou “foulonnage”, utilisée à l’époque pour dégraisser les draps, venant notamment de Sardaigne ou de l’Ombrie.
  Le linge était ensuite soumis à une fumigation de soufre pour le blanchir.
  La nature du textile fera évoluer les pratiques, du foulage à celle de la “lessive”.
  Appropriés pour les lainages riches en suint, les produits de foulon comme la craie devinrent inefficaces pour le lavage du chanvre, du lin, du coton ou de la soie. Aux bacs des foulons succédèrent ainsi les cuves à lessive et la lavandière remplaça le foulonnier.
  Évolution lente, mais qui aboutira, au XIIIe siècle, à une séparation des tisserands de langes (étoffe de laine) de ceux du linge (chanvre et lin).
  En ce qui concerne le chanvre, plus populaire, on utilisait de la cendre de bois ou de varech riche en alcali saponifiant.
  Le lin ou la soie, textiles réservés à la noblesse et à la bourgeoise, étaient lavés au savon.
  Pour le blanchissage des produits d’origine végétale (chanvre, lin, coton), le pouvoir dissolvant de l’eau a toujours été renforcé d’additifs trouvés dans la nature : efflorescences salines, produits proches du salpêtre du sol, colloïdes des sols argileux, urine putréfiée, saponaire, cendre de bois ou de fougères, pissat, fiel de bœuf, terre à foulon, plumes de poussins,,etc.
  Avec l’industrialisation, on peut identifier trois produits lessiviels phare : le savon, l’eau de Javel et la lessive.
 Le Savon
   Le savon est une substance détersive, qui émulsionne les corps gras des taches : il les réduits en fines gouttelettes, que le rinçage à l’eau entraîne ensuite. Tous les éléments du savon ont toujours été utilisés : huiles, cendres de plantes contenant de la soude ou de la potasse.
   Le mot savon viendrait du mot gaulois sapo (certains disent de la ville italienne de Savone) mais il n’est pas d’origine gauloise (il y a un vrai débat sur ses origines gauloises). Les Gaulois fabriquaient un savon à base de cendre de hêtre et de graisse de chèvre, dont ils se servaient pour teindre les cheveux. Il faudra attendre le IVème siècle pour que le savon soit utilisé pour la toilette et l’entretien du linge.
  C’est la civilisation arabe qui a fait évoluer l’usage du savon, en ajoutant à sa composition de la cendre de varech, riche en soude et en remplaçant la graisse animale par l’huile d’olive. Les premiers ateliers artisanaux de fabrication de savon s’installent sur les rives de la Méditerranée et notamment à Marseille dès le XIVème, marquant le début de la longue histoire du célèbre « Savon de Marseille ». Au XVIIème siècle, le stade artisanal est dépassé et Marseille compte alors trois fabriques de savon.
  On fait aussi du savon avec de la lessive, à condition que celle-ci ait une concentration convenable ; on la mélange avec de la graisse de bœuf, de porc ou de mouton fondue, ou de l’huile végétale. Avant que le mélange ne refroidisse, on y fait fondre du sel qui finit par se déposer au fond du récipient tout en durcissant le savon. Quand le sel s’est déposé, on se débarrasse de l’eau salée et on verse le savon encore liquide dans les moules en bois doublés d’un tissus humide. On y ajoute des colorants (sans alcool qui détériore le savon : carotte, betterave, épinard…) et des parfums (lavande, romarin, citronnelle, thym…). Ce savon s’améliore avec le temps.
 « Pour faire du savon, versez dans une bassine deux litres et demi d’eau, 150 grammes de résine ou gomme arabique, un paquet d’un demi-kilo de bougies (à couper en morceau en prenant soin d’enlever les mèches). Tournez le tout pendant un quart d’heure. Ajoutez 300 g de soude caustique, tout en continuant la cuisson pendant un bon quart d’heure. Retirez du feu et moulez dans une boîte en fer. Laissez refroidir et démoulez. »
  L’avènement de la lessiveuse, a fait utiliser par les femmes des lessives artificielles, telles que les cristaux de soude ou le savon en paillette.
  Puis c’est la généralisation des machines à laver, dans les années 1960, qui fait triompher les lessives en poudre ; le savon, lui, est toujours utilisé pour le linge délicat et la layette de bébé.

L’eau de Javel

      A la suite du chimiste et pharmacien suédois Scheele (1742-1786) qui isole les propriétés du chlore, Claude Louis Berthollet (1748-1822) découvre ses propriétés décolorantes. La concentration est affaiblie en dissolvant le chlore dans de l’eau additionnée d’un peu de carbonate de soude. La première expérience publique à lieu à l’usine de Javel, localité proche de Paris (aujourd’hui dans le XVème arrondissement) où s’activent des lavandières. D’où le nom d’eau de Javel.      
Ce n’est pas l’oxygène de l’air qui blanchit les toiles sur les prés, mais sa combinaison avec les matières hydrogénées qui colorent les tissus, parce qu’il est transformé en ozone sous influence de la lumière solaire.
L’efficacité de l’eau de Javel dépend de trois facteurs : le dosage, la température de l’eau et le temps de trempage. Mieux vaut l’utiliser dans un bain froid, pendant peu de temps. Autrement dit, l’eau de Javel employée à chaud est très efficace, mais risque d’attaquer les fibres textiles. Rincez toujours beaucoup, car le chlore continue d’agir dans le linge sec et repassé. 

La lessive

   C’est en raison de la propriété de la potasse de dissoudre les corps gras que l’on conserve les cendres. Jusqu’à l’arrivée des lessives chimiques, on obtenait la lessive en laissant l’eau traverser la cendre du charrier. Le sel de potasse contenu dans les cendres se dissolvait et formait une sorte de savon avec les graisses qui constituaient généralement la saleté du linge. Pour que la saponification s’effectue d’une manière complète, il importait que la lessive ne dépasse pas un certain degré de concentration. « Il faut se garder de la faire chauffer jusqu’au point de la faire bouillir ; car la trop grande chaleur, loin de détacher la crasse et les matières grasses (…) gâte le linge. » précise l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert.
   A la cendre, peu à peu se substitue la soude, qui avait la même propriété que la potasse, mais dont les cristaux, connus depuis longtemps ,se dissolvaient bien dans les eaux calcaires, les adoucissant et disposant d’un pouvoir anti-redéposant.
Avant 1792, la soude provenait exclusivement de la combustion de végétaux marins. Elle était surtout importée d’Espagne et coûtait cher. On en avait besoin dans les verreries, pour l’éclairage des villes, pour la fabrication de savons durs…
   Soucieuse d’assurer l’indépendance économique, l’Académie royale des sciences organise un concours en 1773. Il est remporté par Nicolas Leblanc qui a mis au point avec Dizé la soude artificielle (les cristaux de soude) à partir de sel marin. Les deux chimistes forment devant notaire avec le duc d’Orléans une compagnie d’exploitation de leurs procédés. Mais les aléas une fois le duc d’Orléans guillotiné, l’affaire est confisquée. Ruiné, Nicolas Leblanc se suicide en 1806.
  Lorsque la soude artificielle est commercialisée, les Françaises la substituent petit à petit à la lessive à la cendre.
  Les lessives oxygénées du genre « persil », « perbo », se composent de carbonate sodique, de savon en poudre et de perborate sodique. Elles exercent sur le linge une double action : un décrassage, dû à l’action du savon et de l’alcali ; un blanchiment véritable, produit par décomposition du perborate, qui fournit de l’eau oxygénée. Les lessives oxygénées doivent être, autant que possible, employées avec une petite machine à bouillir, sans que, d’ailleurs, le liquide soit porté à ébullition.
  Aujourd’hui, une lessive est loin d’être un produit de commodité : il y a vingt à trente ingrédients dans une lessive :
- les tensioactifs sont les moteurs de la lessive : ils permettent à l’eau de pénétrer dans les fibres pour en extraire la salissure.
- les agents anti-redéposition, évitent que la salissure grasse en suspension dans l’eau ne se redépose sur le linge.
- les agents anticalcaires permettent d’éviter l’incrustation des taches.
- les agents de blanchiment.
- les enzymes : les protéases dégradent les protéines (les cassent en morceau pour les rendre plus solubles dans l’eau.   
                     les amylases dégradent les taches qui contiennent de l’amidon.
                     les lipases, dégradent les taches qui contiennent des lipides (sébum, transpiration)  
                            les phosphonates sont introduits en quantités très faibles pour remplacer les phosphates à l’origine de la multiplication des
algues                                   dans l’eau. 
  Petite chronologie  :
  Les premières marques de lessive apparaissent au cours de la dernière décennie du XIXe siècle :
Salsonade, Buanderine, ou encore la plus connue de l’époque, la lessive Phénix… l’oiseau qui renaît de ses cendres.
Lever exporte aussi Sunlight, en France sous la marque Soleil, premier savon de qualité pure vendu au détail, enveloppé de papier parcheminé et contenu dans un étui en carton.
  Ce n’est qu’au XXe siècle que les premiers savons synthétiques connaissent leur essor, avec un début assez lent puis une accélération au cours de la seconde moitié du siècle.
1906 : Jules Ronchetti dépose à Marseille  la marque de la première lessive “autoactive”, Persil (PERborate-SILicate, Lever), contenant un agent de blanchiment oxygéné rendant inutile le besoin de javelliser.
  La vente ne débute pas avant 1914. Le lancement national se fera en 1932. Cette lessive exerce sur le linge une double action : un décrassage, dû à l’action du savon et de l’alcali et un blanchiment véritable, produit par décomposition du perborate, qui fournit de l’eau oxygénée. La marque fut rachetée en 1907 par l’allemand Fritz Henkel mais cédée en 1917 aux Savonneries Lever en Angleterre. Et c’est en 1932 que la marque conquiert l’Hexagone, avec un fort soutien publicitaire, répétitif, ponctué de slogans qui restent encore aujourd’hui à la mémoire : Persil lave tout tout seul, la blancheur Persil…
  1921 : lancement de Lux Paillette pour les tissus délicats.
  1933 : apparition de lessives de savon avec perborate, Persil de Lever
  1946 La première lessive à base de détergent de synthèse, l’alkylbenzènesulfonate, est lancée aux USA par P&G et sous la marque Tide.
  1952 : apparition des détergents de synthèse sans savon ; Omo (Old Mother Owl pour “vieille maman chouette”) est lancé en fanfare par Lever en France : sans savon, c’est la première lessive utilisant un détergent de synthèse (“savon sans savon”), permettant de laver en eau dure ou calcaire, aussi bien en milieu acide qu’en milieu alcalin, contrairement au savon.
Le slogan « OMO est là, la saleté s’en va » constitue le lancement de la première grande campagne publicitaire d’après-guerre
  1959 : apparition des détergents de synthèse :  les fabricants de détergents se rendent compte que le système à tambour va l’emporter sur les systèmes à agitateur ou pulsateur des machines à laver le linge. L’abondance de mousse, qui était alors le gage visible de l’efficacité d’un détergent, devient un obstacle.
  Skip (Lever), première formule à mousse contrôlée, spéciale machines à laver à tambour rotatif, voit le jour et est recommandé par 49 marques de lave-linge.
  1965 : Lever crée Coral pour les fibres synthétiques, contre le jaunissement du nylon
  1966 : apparition des assouplisseurs, Soupline de Colgate-Palmolive
  1967 : apparition d’une poudre spéciale : textiles modernes, Coral de Lever
  1968 : la biologie vient à l’aide d’Ariel poudre (Procter&Gamble) et d’Ala (Lever), lessives aux enzymes “gloutons”, détachants biologiques rapidement biodégradables et efficaces dès 30 °C
  1971 : tous les détergents sont biodégradables
  1973 : les fabricants emploient des matériaux et emballages recyclables.
  1978 : la route vers les basses températures est suivie par Skip, grâce à son précurseur de blanchiment, le TAED (Tétra-acétyl-éthylène-diamine) : à l’efficacité dès les basses températures s’ajoute l’assurance d’une bonne hygiène.
  1979 : apparition d’activateurs de blanchiment à basse température ; Système TEAD, Skip de Lever
  1981 : Adaptation d’autres lessives pour le lavage à basse température, Ariel, P&G
  1982 : Apparition des premières lessives liquides, Vizir de P&G , suivie, en 1983, par Wisk de Lever
  1989 : Henkel tente l’écologie avec le rachat de Le Chat, première poudre sans phosphate. Tous les détergents du marché sont aujourd’hui sans phosphate depuis juillet 2007.
  1991 : les premières poudres concentrées sont suivies par les liquides concentrés. Ces produits dits “micro” ou “ultra” donnent accès à des formats plus petits, plus pratiques, plus écologiques. ; mais ils ne connurent pas un grand succès car jugées « trop chères pour si peu ». En fait, les consommateurs, habitués à doser de gros volumes de poudres plus légères ont eu tendance à surdoser les produits concentrés. D’où une surconsommation de lessive et un coût au lavage plus élevé !
  1998 : devant l’insuccès des poudres concentrées, Lever eut alors l’idée de compacter cette poudre, pour en faire un produit prédosé et lança   les premières pastilles ou tablettes : « la propreté au meilleur de sa forme »
  2002 : apparaissent des liquides pré-dosés, sous forme de capsules hydrosolubles (Procter&Gamble, Lever).
  2005 : Skip Actigel (Lever) associe un gel détachant à sa tablette rendant inutile le détachage et le prélavage.
  2006 : Ariel Actif à Froid (Lever) est efficace dès 20 °C.
  2007 : Skip, Persil, OMO...“Petits et puissants”, ces nouveaux produits sont plus “écocitoyens” et plus pratiques. En effet, 1 litre équivaut à 3 litres de lessive, 35 millilitres suffisent pour une machine.
Depuis 1975, les lessives se sont radicalement transformées pour répondre aux exigences du développement durable en prenant un engagement responsable pour mieux respecter l’environnement,
♦ Un programme européen intitulé COGEP (Code of Good Environmental Practice) a été initié dès 1996
par les principaux fabricants de lessive, officialisant un engagement volontaire de la part de l’industrie des détergents de réduire de 10 %, per capita et en 5 ans, les rejets de lessives, d’emballages et de PBO (Poorly-Biodegradable Organic ingredient ou matières organiques peu biodégradables) et de 5 % les consommations en énergie de lavage.
♦ Ce programme a été relayé par une grande campagne de sensibilisation et d’éducation Washright
(« Laver mieux »), destinée à amener les consommateurs à réduire l’impact environnemental du lavage du linge. Un site internet, apparaissant sur toutes les étiquettes des lessives, donne des conseils pour doser juste et mieux, sans surdosage inutile3 : doser juste ; remplir sa machine ; privilégier les basses températures de lavage ; utiliser le tri sélectif. En effet, respecter l’environnement signifie non seulement polluer moins mais aussi consommer mieux.
Le résultat : une réduction de 100 000 tonnes de consommation annuelle de lessive soit l’équivalent de la consommation de la Suisse.
♦ Par ailleurs, dès 1999, le projet HERA (Human and Environmental Risk Assessment on ingredients of household cleaning products), désormais abouti, était destiné à mesurer l’impact sécuritaire et environnemental
des composants chimiques utilisés en détergence. Des messages de sécurité, associés à des icônes compréhensibles et harmonisées, sont alors disponibles sur les étiquettes de tous les produits détergents commercialisés en Europe.
♦ Autre initiative, mais cette fois dans le domaine du lavage en lave-vaisselle : le projet « Save Energy & Water » incitant l’utilisation des cycles de lavage à plus basse température en rapport aux formulations plus performantes des produits.
♦ En parallèle, c’est à l’initiative des mêmes marques de lessive que les dosages recommandés ont diminué en moyenne de 150 grammes en 1997 à 80-85 grammes aujourd’hui pour les poudres et de 180 à 110-120 mL pour les liquides classiques.
Ceci tout en offrant la même propreté et avec une température de lavage et une quantité d’énergie consommée en constante diminution.
♦ Depuis fin 2004, de nombreux fabricants de détergents se sont officiellement engagés dans un programme volontaire visant à encourager l’application des principes de développement durable
via la Charte A.I.S.E (Association internationale de la savonnerie, de la détergence et des produits d’entretien) pour un “nettoyage durable”. L’adhésion à cette charte exige le respect d’un certain nombre de conditions, rassemblées selon onze critères et couvrant l’ensemble des éléments de l’analyse du cycle de vie des produits. Ainsi, chaque étape de la vie du produit est prise en compte pour déterminer son impact global sur l’environnement, de l’extraction des matières premières jusqu’à l’élimination des déchets et emballages. Les producteurs qui ont choisi de s’y conformer sont identifiés par un logo sur leurs emballages (Figure 7).
♦ Pour conclure, voici ce qu’écrivait le scientifique Antoine Cadet de Vaux dans une brochure écrite en 1805 à la demande du chimiste Jean-Antoine Chaptal intitulée “L’instruction populaire sur le blanchissage domestique à la vapeur”. Ce traité est rédigé sous forme de dialogues entre une blanchisseuse et une maîtresse de maison.
– La blanchisseuse : « Mais de quoi se mêlent ces maudits savants-là, eux qui n’ont jamais blanchi, de vouloir nous apprendre à blanchir, nous qui de mère en fille blanchissons ! »
– La maîtresse de maison : « Je vais vous l’apprendre. Ils se mêlent de vous économiser la dépense, le temps, la peine, les soins et surtout de conserver votre santé qu’altère une tâche si pénible et c’est de la reconnaissance que vous devez à ces savants-là ! » 
Lessives et Savons...inventaire sommaire

La chasse aux taches (astuces)
- Cambouis, goudron : enduisez la tache des deux côtés avec du beurre frais. Laissez reposer une nuit, puis grattez délicatement. Frottez la tache avec de l’essence de térébenthine sans laisser agir trop longtemps.
- Sur les tissus synthétiques, nettoyez la tache avec un chiffon imbibé de jus de citron.
- Rouille : appliquez du jus de citron ou du vinaigre avant le lavage en machine.
- Vin rouge :  ne  pas mettre du sel car il a tendance à fixer la tache ; faire tremper tout de suite le tissu dans de l’eau tiède, le savonner et le laisser un quart d’heure. Après il faut l’étendre au soleil, puis laver en machine.
- Herbe : frottez la tache à sec avec de la lessive, puis lavez à l’eau chaude. On peut aussi utiliser du sucre. Dans ce cas, humecter la tache, la couvrir de sucre et laisser reposer une heure avant de laver.
- Encre : tamponnez la tache avec du vinaigre (pour le coton) ou du jus de citron (pour les tissus synthétiques). Rincez.
- Chewing-gum : appliquez un glaçon pour le durcir et grattez avec un couteau. Le dissolvant fonctionne aussi (attention à la nature du tissu !). Pour les particules qui restent, il faut tamponner avec un chiffon imbibé de vinaigre.
- Sang : faire tremper le tissu dans l’eau froide en ajoutant un cachet d’aspirine ou de l’eau oxygénée. Ne pas utiliser d’eau de Javel.
- Col de chemise très sale : l’enduire de  shampoing qui va dissoudre les huiles corporelles.
- Chocolat et café : mettre de la glycérine (ou de l’eau oxygénée), puis rincer à l’eau vinaigrée.
- Maquillage : utiliser de l’éther ou de l’alcool à 90° si la nature des tissus le permet.
Sources
- Cahiers de la puéricultrice – Août-Septembre 2009 – N° 229 - Un siècle de lavage du linge, quelles conséquences sur la santé et l’environnement ?
                                                                     La saga technologique des lessives
-Jours de lessive

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